Madame ou Mademoiselle ?
Chers lecteurs, à moins que vous ne viviez dans une grotte, le débat du moment lié à la campagne « Mademoiselle, la case en trop » n’a pas dû vous échapper. Pour ceux qui vivraient effectivement dans une grotte, cette campagne a été lancée par les associations féministes simultanément avec d’autres. Vous trouverez toutes les réclamations de ces associations sur Osez le féminisme (http://www.egalite2012.fr/type-de-publication/revendications). Je vous promets prochainement un article sur le sujet, d’ailleurs, histoire de faire le point, mais aujourd’hui je veux parler de cette campagne en particulier.
Pourquoi aujourd’hui ? Parce qu’après six mois de tapage médiatique, le gouvernement a de nouveau édité une circulaire à ce sujet (oui, oui, de nouveau, la précédente étant celle-ci : RÉPONSE MINISTÉRIELLE N°5128 DU 3 MARS 1983 JO SÉNAT DU 14 AVRIL 1983 PAGE 572 – FEMMES : MODIFICATION D’ÉTAT CIVIL). Alors je vais commencer par rétablir une vérité qui va écorner les « anti-disparition » de la dite case, mais aucune nouvelle loi n’a été votée. Les femmes ont le droit de se faire appeler « Madame » dès la naissance et le terme mademoiselle n’est en aucun cas, légalement parlant, valable. Les féministes se contentent donc en réalité de réclamer l’application du droit français, ce qui semble du coup bien plus légitime que d’exiger que le gouvernement passe du temps à légiférer sur ce genre de « détails ».
Une fois le point fait sur l’aspect légal de la chose, j’aimerais en venir aux arguments développés par les deux parties qui s’affrontent. Je ne vous mens pas : je suis totalement favorable à la disparition de cette case, et c’est dans cette optique que je rédige cet article. J’espère que chacun se sentira libre d’y réagir dans les commentaires ou, pourquoi pas, en rédigeant un article à l’opinion contraire ! Le débat est ouvert, et donnera lieu, je l’espère, à une discussion vive et intelligente dans le respect des convictions de chacun. Mais revenons-en aux arguments fondamentaux.
En premier lieu, pourquoi supprimer cette case ? Déjà, parce qu’elle ne s’applique qu’aux femmes. Un homme s’appelle « Monsieur » depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Il ne subit pas de changement d’état civil lors de son mariage, et on ne l’appelle pas différemment parce qu’il est jeune, célibataire ou sans enfant. C’est donc un premier type de discrimination. Ensuite, il n’expose pas sa situation maritale sur ses moyens de paiement, son courrier ou ses factures. L’affichage ouvert d’un mademoiselle est pour beaucoup insignifiant, mais souligne tout de même la disponibilité d’une femme.
Je rappelle que le débat ici est purement administratif : il ne s’agit pas d’interdire l’emploi de mademoiselle à l’oral, dans la discussion quotidienne.
Les arguments avancés par ceux qui s’opposent à cette décision peuvent être révoqués assez simplement, et je vais m’attacher à essayer de recenser les plus communs et les plus lus.
Le premier – et le plus fréquent – est pour beaucoup l’âge. Il semble difficile pour certains d’admettre qu’une fillette coche madame en s’inscrivant à la danse ou au foot. Et pourquoi pas ? Un petit garçon du même âge cochera bien monsieur dans les mêmes circonstances.
Le second, souvent avancé de manière erronée, est l’usage quotidien. Donner du madame à une jeune fille ou une jeune femme semble à certains peu flatteur, et j’ai même lu pour les enfants le terme de « viol psychologique ». Là encore, ce sont les archaïsmes ancrés qui parlent. On ne dit pas « Mondamoiseau » à un petit garçon, mais « jeune garçon/homme ».
D’autres encore estiment que mademoiselle est flatteur. Certes, mais jusqu’à un certain point. Une femme de 40 ans non mariée, mère de famille et active professionnellement aura toutes les peines du monde à obtenir des papiers avec Madame et non Mademoiselle. Et celles pour qui cela compte sont vexées, tournées en ridicule et souffrent de la situation. Et à partir du moment où des femmes sont en souffrance et dans l’impossibilité de faire valoir leur droit, il faut réagir ! Je cite un témoignage éloquent, pris sur Facebook, d’une personne excédée par des discriminations de ce genre : « La secrétaire m’envoie moult papiers avec Mademoiselle… c’est complètement crétin, ma collègue a sept ans de moins que moi, ils l’appellent “Madame” parce qu’elle a un bébé, et elle-même m’a dit qu’avant de l’avoir ils l’appelaient déjà “Madame”. Qu’est-ce que ça peut me gonfler… ».
Je ne parle même pas d’un mot abject laissé par un directeur d’entreprise qui discrimine dès l’embauche sur cette base-là, estimant qu’une « mademoiselle » sera plus productive car sans homme et sans enfants, et également « disponible » pour des amourettes avec ses collègues masculins. Citation : « Dirigeant d’une entreprise de 60 personnes, j’aime savoir si les femmes que je recrute sont célibataires ou mariées. Une femme mariée perdra plus de temps à aller chercher les enfants à l’école et travaillera moins sérieusement. Les femmes célibataires sont plus disponibles, et parfois une histoire romantique peut agrémenter le quotidien de l’entreprise. Je suis donc absolument contre la disparition du terme mademoiselle. »
Voilà donc pour la partie que ça intéresse… Là, c’est clairement méprisable et insultant pour toutes les femmes !
Dans la lignée des arguments douteux, certaines insistent pour conserver le mademoiselle, qui souligne qu’elles ne sont pas mariées comme un étendard de leur liberté. À mon sens, ce n’est pas normal. Une femme est une femme, quel que soit son choix marital. Le fait d’appeler toutes les femmes sans exception « Madame » va dans ce sens. On ne distinguera plus la femme mariée de celle qui ne l’est pas (par choix, ou par contrainte). À celles qui trouvent le mademoiselle très flatteur (oh oui, je suis jeune !), trouverez-vous dans cinq ou dix ans le madame vexant ? Et pour terminer sur l’élégance du terme mademoiselle, il est généralement employé d’un ton paternaliste qui laisse sous-entendre que sans mari ou avant un certain âge, on n’est pas tout à fait une femme accomplie, ni même respectable.
Pour le côté linguistique, j’aimerais aussi préciser que les autres langues ont depuis longtemps abandonné cette différenciation, et que la France est l’un des derniers pays à la pratiquer administrativement.
Pour conclure, et parce que malgré tout il faut bien que je m’arrête, ce combat est depuis des semaines remis en cause sous prétexte qu’il y a « plus important » à faire. Oui, des femmes meurent sous les coups de leurs maris, des femmes sont violées, sous-payées et discriminées au quotidien de toutes sortes de manières possibles et imaginables (http://viedemeuf.blogspot.com). Alors, si l’on peut en supprimer une, pourquoi ne pas commencer par celle-ci ? Et vous, par où commenceriez-vous à lutter contre les discriminations ? Pensez-vous que cette circulaire et sa médiatisation vont changer quelque chose ?
Vous avez lu l’article jusqu’au bout, merci à vous et n’hésitez pas à réagir ! :)
Etant enseignante, je n’ai découvert cette circulaire que via un courrier de l’inspection académique. Ne suivant l’actualité que rarement à la télévision mais plutôt en écoutant la radio ou sur Internet, j’ai été surprise d’apprendre qu’une telle circulaire existait.
Après la surprise, je me suis demandée pourquoi ce changement avait été proposé, accepté et appliqué.
Sans y avoir vraiment réfléchi, j’étais plutôt contente qu’il ait lieu.
Je suis une femme de 33 ans, mariée avec 2 enfants. Je n’ai jamais été victime de discrimination et je suis passée « naturellement » du « mademoiselle » au « madame » quand je me suis mariée. Enfin, si je veux être plus exacte, mes anciens élèves m’appellent toujours « mademoiselle » et mes nouveaux plutôt « madame ».
Avant de nous marier, mon mari et moi sommes restés un certain nombre d’années en union libre alors que nous avions déjà un enfant. C’est durant cette période que le terme « mademoiselle » ne me semblait pas approprié…
Il me semble, après avoir lu votre article, d’autres opinions sur le sujet et d’après mon vécu, que cette circulaire va dans le bon sens. La plupart des gens restent persuadés que ce qu’ils vivent (bien) depuis des années n’a aucune raison de changer et sont automatiquement contre tout changement (par habitude ou par peur). Pour ma part, toute évolution de la société vers plus de sagesse passe par le changement. Celui-ci me semble profitable pour toutes les femmes car derrière une société égalitaire que nous souhaitons montrer au monde, les discriminations sont encore fortes dans notre pays.
Je ne suis pas féministe mais je salue le combat qu’elles ont mené pour que nous puissions jouir de ces libertés aujourd’hui. Je pense sincèrement que les hommes, prenant de plus en plus de temps pour leurs enfants et leur famille, le regard des dirigeants d’entreprises et autres politiciens changera petit à petit.
Pour répondre aux questions posées à la fin de votre article, il me semble que pour que les discriminations se réduisent, il faut d’abord un changement de mentalité de la part des « puissants » mais aussi que les hommes qui se sentent concernés par ces discriminations les dénoncent, dans la vie quotidienne mais aussi au sein des entreprises. Les mentalités changent mais cela ne sera visible que lorsque chacun en fera une priorité.
Pour accélérer les choses, un débat public est une bonne chose car, comme moi, beaucoup n’y avait jamais pensé avant! Mais il faut aussi des actions locales.
Vivant à la campagne, je vois au quotidien la détresse sociale qui frappe la France et qui freine l’évolution de la société.
Voilà pour mon témoignage et mon avis sur la question. En espérant avoir contribué de manière positive à votre article.
Mélanie
Bonjour et merci pour cette réaction. Malgré une position affirmée sur le sujet, j’avais peur en le publiant qu’il ne heurte les gens de manière trop violente ou trop personnelle. Si cet article permet à ceux qui survolent de sujet d’en avoir une vision plus globale et étayer par des exemples concrets, tant mieux.
Votre soutient me fait énormément plaisir, et me remet en confiance pour écrire un article mais professionel cette fois-ci !
À bientôt sur gwaeron !
Au plaisir de vous lire de nouveau!
Mélanie